Recent Posts

mercredi 18 septembre 2019

The Dead Don't Die, de Jim Jarmusch


La sortie en DVD et en Blu-Ray du dernier O.V.N.I. de Jim Jarmusch, le 25 septembre prochain est l'occasion de vous servir une chronique de The Dead Don't Die.

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : THE DEAD DON’T DIE – les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.


Le dernier Jarmusch, promis comme un film de zombies par son affiche et son titre a de quoi surprendre. Véritable pied de nez au genre, ce n'est pas le film d'horreur qu'on peut en attendre, tout au contraire.

Et en même temps, ce film bourré de références est une véritable lettre d'amour, bien que parodique, aux films de Georges Romero dont il reprend beaucoup des propos et des critiques de l'Amérique consumériste. Un habile paradoxe !

Ecolo, déprimé, insignifiant, lent, anti-Trump, drôle, absurde, acerbe... ce film est une pépite qui ne se laisse pas découvrir à la première fouille. Il faut "tamiser" et le regarder sans à priori pour en découvrir toutes les subtilités. Comme dit plus haut, ce film est bourré de références au cinéma de genre de zombies. Et comme un autre long-métrage, Shawn of the Dead qui parodiait lui aussi le genre et la société anglaise, The Dead Don't Die s'en prend à l'amérique endormie de Trump.


L'action du film prend place dans une petite ville sans intérêt aux tréfonds des Etats-Unis : Centerville. Comme un concentré de l'Amérique avachie et oisive, indifférente au reste du monde et à l'état de la planète. Tout y passe : critique de la politique industrielle anti-écolo de l'actuel président, arrogance des puissants qui jouent avec le feu devant une population indifférente, matérialiste et totalement anesthesiée.


Porté par un superbe casting, qui a de quoi mettre la puce à l'oreille du spectateur habitué à voir certain de ces acteurs dans des films absurdes, on y retrouve pêle-mêle : Bill Murray, Tilda Swinton, Adam Driver, Chloé Sevigny, Steve Buscemi, Danny Glover entre autres. Bourré de Guests, vous y croiserez aussi Iggy Pop ou Tom Waits savament maquillés.


La réalisation et la narration quant à elles portent bien l'empreinte du réalisateur : lente, s'arrêtant sur des détails sans rapport ou mettant certains protagonistes dans des situation omnisciente, le film multiplie les paradoxes. Personnages au courant du script, radio passant toujours même chanson du film, nouvelle croquemort sortie tout droit de Kill Bill, zombies obsédés par la consommation et la répétition...

Mais ne vous y trompez pas, derrière l'humour potache, l'ambiance déprimante et l'étrangeté se cache un film qui a du sens : un regard sans concession sur nos vies, nos sociétés, la planète qui dérouille, et comme le dit Adam Driver tout au long du film : tout cela va mal finir.


Lord Kavern


mardi 17 septembre 2019

Ça - Chapitre 2, de Andres Muschietti


27 ans après la victoire du Club des Ratés sur Grippe-Sou, le sinistre Clown est de retour pour semer la terreur dans les rues de Derry. Désormais adultes, les membres du Club ont tous quitté la petite ville pour faire leur vie. Cependant, lorsqu'on signale de nouvelles disparitions d'enfants, Mike, le seul du groupe à être demeuré sur place, demande aux autres de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent maîtriser leurs peurs les plus enfouies pour anéantir Grippe-Sou une bonne fois pour toutes. Mais il leur faudra d'abord affronter le Clown, devenu plus dangereux que jamais…

Le clown Pennywise (nommé Grippe-sou dans la version française) revient nous faire hurler de terreur dans nos salles de cinéma, après deux ans d'attente.

Et cet effroyable personnage, campé par Bill Skarsgård, qui a déjà fait frémir de peur une précédente génération de spectateur, grâce à l'interprétation du brillant Tim Curry, à faim... très faim.
Andrés Muschietti, le réalisateur Argentin du premier chapitre et de l'excellent Mama (2013), clôt ici le dyptique de la nouvelle adaptation de l'oeuvre de Stephen King avec un certain brio.

Le film s'ouvre 27 ans après les précédents évènements, non pas sur une scène gore comme avec le petit Georgie, mais sur la transposition dans la ville de Derry d'un crime réel : une agression homophobe ayant viré au meurtre dans la région du Maine, à l'époque où Stephen King écrivait son roman. Celui-ci avait alors décidé de l'intégrer à sa fiction, choqué par la violence et la bétise du geste de quelques haineux. Le réalisateur et son équipe ont décidé de l'intégrer à cette nouvelle adaptation en salle, la trouvant malheureusement encore tristement d'actualité... le clown en plus.

Le récit ramène à Derry le club des ratés, devenus des trentenaires aux vies hantées par les échos de leur passé. Mike, le seul à être resté dans cette ville, les rassemble à nouveau pour mettre fin à une nouvelle série de massacres et de disparitions, car "Ça" est revenu.

Le récit est resté fidèle au livre et à l'adaptation de 1990. On y retrouve bien l'ambiance désabusée du second opus de la minisérie... et aussi quelques longueurs par moment dans la narration.

Le récit gagne néanmoins, par les talents combinés de Andrés Muschietti et Bill Skarsgård, en noirceur, en tension et en horreur. Les interventions du clown sont redoutées, les jumpscares habiles s'enchaînent et vous font sursauter ou vous clouent à votre fauteuil. L'ombre inquiétante de la peur au coin de l'image plane toujours, dans les ténèbres ou les moments d'absence de Pennywise, prête à fondre.

Les victimes, comme les hallucinations s'enchaînent sans filtre (avec bain de sang), dans la ville maudite, laissant les protagonistes redouter que leur moindre peur ne prenne vie.

Car à l'instar de la référence de Nightmare on Elm Street (premier opus de la série Freddy), film diffusé à Derry durant les jeunes années des protagonistes, les peurs et cauchemars de l'enfance sont au coeur du récit de Ça. Pennywise le clown et ses "lumières mortes" se nourrissent de la peur et de la chair fraîche d'enfants tous les 27 ans avant de somnoler jusqu'à la période suivante de massacres.

Le film s'offre un casting adulte de grande qualité pour compléter le précédent, avec Jessica Chastain, James McAvoy, James Ransome, Bill Hader... et même Stephen King !

La réalisation est à l'image du premier opus : finement maîtrisée avec des rotations de caméra et des angles induisant l'impression de déséquilibre, de vertige et de chute. Tout celà participe à donner au spectateur la sensation que tout peut basculer soudainement dans l'horreur et la terreur. Muschietti développe là tout son habile savoir-faire. On retrouve des idées expérimentées dans son film Mama ainsi que d'autres situations surprenantes ou cocasses nous prenant au dépourvu.

On aimera ou pas la refonte de la fin de l'histoire sur les origines du clown, qui est la seule véritable variation de cette version, mais en tout cas elle a le mérite d'amener un enchainement de scènes particulièrements spectaculaires à ce film.

En conclusion, Ça - Chapitre 2 est une brillante conclusion à la nouvelle adaptation que l'on nous a fait découvrir deux ans plus tôt. Un "conte d'ogre coloré et carnavalesque" sur les peurs ou les traumatismes de l'enfance saupoudré d'horreur sanglante.
Même si vous connaissez le roman de Stephen King ou la conclusion de la minisérie, courez voir la vision qu'en a eu Andrés Muschietti, ne serait ce que pour le talent de ce réalisateur.


Lord Kavern