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mardi 5 novembre 2019

Infection, de Flavio Pedota


Film présenté lors de la compétition internationale de longs-métrages du Festival des Utopiales 2019

À Caracas, un homme sous l'influence d'un médicament appelé Krokodil est infecté par le virus de la rage et déclenche une épidémie qui transforme les êtres humains en créatures agressives et cannibales. Au milieu de la panique, le Dr. Adam Vargas, obsédé par la nécessité de sauver son fils de la contamination, s’embarque dans un voyage hostile à travers un Venezuela dévasté.

Avant la projection, une petite présentation du film nous est proposée. On nous rappelle ainsi que, si le cinéma de SF sud américain se développe depuis longtemps déjà, le Vénézuela reste un pays émergent au sein duquel produire ce type d'œuvre s'avère compliqué. "Infection" est le premier long-métrage du réalisateur Flavio Pedota, qui a notamment étudié à New York.
D'emblée, on nous prévient que l'œuvre qui va être projetée est bien loin des films de Romero, l'une des grandes références du genre. "Infection" est plus nerveux, plus sombre et plus violent. Il s'inscrit dans une nouvelle mouvance qui n'utilise plus guère le terme de "zombie" et préfère celui "d'infectés".
La présentation s'achève sur une classification du film "au croisement entre World War Z et Land of the Dead".

L'infection autour de laquelle est construite le film est issue d'une mutation du virus de la rage. Elle s'étend avec une grande vélocité, conduisant rapidement le pays entier au chaos. Au sein de cet enfer, le Dr Adam Vargas et son voisin Johnny se lancent dans une course pour leur survie, en tentant d'échapper à des infectés au nombre croissant, particulièrement rapides. Vargas est déterminé à retrouver son fils unique, Miguel, qu'il a laissé partir en vacances chez ses beaux-parents après la perte de sa femme décédée d'un cancer. Les infectés ne lui laissent guère de répit et n'épargnent pas ceux qui croisent sa route et cheminent un temps en sa compagnie. Même parmi les non-infectés, la méfiance est de mise, car, comme dans tout contexte de crise d'une telle ampleur, la nature humaine révèle toute sa noirceur… 

"Infection" est un film de 95 minutes qui ne laisse aucune place à l'ennui. L'intrigue est menée tambour battant. Peu de place est ainsi accordée (à l'exception-relative-du début du film) aux relations entre les personnages. D'ailleurs certains d'entre eux sont présents trop peu de temps pour que l'on s'attache ou s'identifie vraiment à eux. Ils ne sont finalement que des hors d'œuvres pour infectés. On regrette un peu parfois cette dimension du film, qui n'est cependant pas dénuée de logique étant donné les choix du réalisateurs et sa volonté de montrer la violence pure, gore, sans fards, que génèrerait nécessairement une telle crise. Pedota insiste d'ailleurs beaucoup sur la dimension politique de son œuvre, qu'il définit comme une critique politique de la situation actuelle du Vénézuéla. Dans une interview délivrée à closeupculture.com le 12.09.2019 à l'occasion du festival Raindance de Londres, Pedota expliquait ainsi : "il est impossible de faire un film au Vénézuela aujourd'hui - en étant né et en ayant été élevé au Vénézuela-sans faire référence à la réalité de mon pays (...) J'espère que les gens verront le film, analyseront et compareront, et en parlerons". 

Peut-on pour autant parler d'Infection comme d'une métaphore de la situation Vénézuelienne actuelle ? Si le film est largement présenté ainsi dans les médias et à l'occasion des festivals au sein desquels il figure à l'affiche, il faut néanmoins préciser que l'allégorie n'est pas si évidente. Si l'on répère assez aisément des clins d'œil critiques (références à Bolivar via des affiches, graffiti sur des murs délabrés etc), le tout reste assez discret. Soulignons quand même une idée très pertinente à la fin du film, sous la forme d'interviews portant sur les conséquences de l'infection pour le pays et ses ressortissants. La situation politique est également abordée de manière détournée avec la présence d'un personnage missionné par l'ONU, qui semble bien impuissant… 

Pour résumer, "Infection" n'est pas un film d'une originalité débordante. Il s'inscrit dans un scénario très traditionnel, malgré quelques apports intéressants. Certains personnages manquent un peu de consistance. Néanmoins, il s'agit d'une œuvre puissante, au rythme enlevé, haletante, visuellement très travaillée. La critique politique, sociale et économique sous-jacente donne également une dimension particulière au film, dont la fin appelle à la réflexion.
"Infection" est donc un long-métrage dont on aurait tort de se priver !

Athina 

dimanche 3 novembre 2019

Compétition internationale de courts-métrages Utopiales 2019 session 4

Apex, de Stuart T. Birchall (USA) 

Un très (trop) court métrage qui présente une créature émergente qui se libère de son enveloppe/cocon. Belle esthétique qui mériterait plus de quatre minutes pour être appréciée à sa juste valeur. 




The third hand, de Yonatan Weisberg (Grande Bretagne) 

Un employé de bureau s'aventure dans une pièce mystérieuse. Il y découvre qu'il peut y assouvir certains désirs, mais la situation va vite virer au cauchemar. Perturbant, gore mais percutant. 




Sevinç Vesaire de Kurtcebe (Turquie) 

Les employés d'un gouvernement inconnu ont pour tâche de supprimer les mots qu'ils jugent inutile, inconvenants ou dangereux pour l'ordre social. La liste des mots supprimés s'allonge… Personne ne connaît plus le sens du mot espoir. On se demande si "rêve" peut être conservé. Et que faire des antonymes des mots supprimés ? 
Un petit bijou que cette œuvre extrêmement bien conçue autour d'un propos extrêmement pertinent et des dialogues savoureux. 


Please speak continuously and describe your experiences as they come to you de Brandon Cronenberg (Canada)

Dans une atmosphère lourde et angoissante, une jeune femme internée en institution psychiatrique équipée d'un implant cérébral est conduite à revivre ses rêves et cauchemars, qu'elle doit verbaliser à son médecin en temps réel. Un court-métrage dense et intense. 



Storm de Will Kindrick (USA) 

Dans une société où le gouvernement contrôle la constitution des couples en étudiant leur compatibilité, un jeune homme cherche désespérément celle qui sera désignée par algorithme comme l'élue de son cœur. Seulement le chemin vers cette dernière sera bien plus ardu que prévu. Rythmé, touchant et non dénué d'humour et de poésie. 



Diddie wa Diddie de Joshua Erkman (USA) 

Un couple à la relation houleuse assiste à la résurrection d'un proche à partir d'un amas gluant. Si les premières minutes parviennent à susciter intérêt et curiosité, le reste de l'intrigue laisse assez perplexe et la fin s'avère brutale et plutôt maladroite. 



La mer des Sargasses n°21/164 : l'invention de la mer, de Jean-Christophe Sanchez 

Difficile de résumer ce court-métrage présenté avec une sorte d'ésotérisme métaphysique. Des images stroboscopiques insoutenables qui conduisent le public à devoir se protéger les yeux, une bande son irritante, un propos complètement abstrait et obscur. Les huit minutes paraissent bien longues… 



Slice of life, de Luka Hrgovic et Dino Julius (Croatie) 

Une belle découverte que cette œuvre qui rappelle Blade Runner. Un délinquant cherche à gagner un lieu synonyme de nouvelle vie, mais le prix à payer est exorbitant. Il est prêt à tout pour accéder à son but, mais sa route croise celle d'un flic bien décidé à l'en empêcher. 
Un très beau travail, esthétiquement superbe, qui nous embarque dans son univers sombre. A découvrir sans tarder ! 

Athina