mardi 23 janvier 2018

Mother ! de Darren Aronofsky


Une jeune femme (Jennifer Lawrence) et son mari (Javier Bardem) mènent une vie paisible dans une maison campagnarde et retirée. Leur existence est bouleversée par l'arrivée chez eux d'un mystérieux couple (Ed Harris et Michelle Pfeiffer).

Après "Requiem for a Dream" et "Black Swan", Darren Aronosky signe avec "Mother !" en 2017, un huis clos étrange et audacieux, un thriller aux frontières de la folie et parsemé de symbolisme.
Le film démarre sur l'incendie d'une maison isolée et très vite déstabilise ses spectateurs lorsque le maître des lieux reconstruit celle-ci par enchantement à l'aide d'un diamant. Sa compagne se réveille et ainsi débute l'intrigue.

Javier Bardem et Jennifer Lawrence y campent deux personnages dont les noms ne seront nullement révélés. Ils nous sont présentés par les autres protagonnistes, tout aussi anonymes, comme la Mère et le Poète. 
Le duo d'acteurs signe là une prestation brillante, et porte avec brio à l'écran deux êtres torturés et complexes qui insufflent au film son mystère et une tension palpable.
Si le Poète oscille entre lucidité et fièvre de la création, La Mère nous est dépeinte comme une femme s'accrochant à la raison face à un déferlement de folie et de violence menaçant le fragile équilibre de leur nid douillet. Car c'est avec l'arrivée de deux mystérieux inconnus, qui seront suivis de bien d'autres, que leur existence bascule.

La mise en scène est savement orchestrée. Le rythme du film est soutenu et va croissant, entraînant son public dans un tourbillon vertigineux d'évenements incontrôlables et angoissants. Le réalisateur fait le pari fou d'enfermer son public dans un huis clos dévasteteur. Et le moins qu'on puisse dire c'est que ce long-métrage prend aux tripes. Oppressant, stressant, perturbant voire carrément dérangeant, "Mother !" ne plaira pas à tout le monde ! Et c'est pourtant au Monde qu'il s'adresse !

Darren Aronofski signe là une oeuvre complexe et personnelle : ce film se veut être à la fois une métaphore de la Genèse et de l'Histoire de l'Humanité dans tout ce qu'elle a de pire. C'est également une allégorie environnementale et sociétale, une fable diablement humaniste qui dépeint tout autant le processus de (la) création que les travers de l'être humain qui se détruit et qui ravage tout autour de lui.

Lord Kavern 

Mother ! est disponible en DVD et Blu-Ray ICI

dimanche 14 janvier 2018

La Saga de [ÔM], Tome "La Pyramide Enfouie" de Jack Feret



La navette se posa sur le sable, à quelques mètres de la mer. Un panneau coulissa, une rampe glissa jusqu'au sol. Nathalie sortit en tête, suivie par Hervé ; débarqués sur une plage méditerranéenne, à une trentaine de kilomètres à l'ouest d'Alexandrie, un peu hébétés par l'aventure qu'ils venaient de vivre.

- Votre histoire recommence, émit [RÊ]. Vous avez tout pour réussir. Lorsque vous serez prêts, nous le saurons.

Le Signe recula, le panneau se ferma. Nathalie eut juste le temps de recueillir une dernière pensée. L'aéronef décolla...

Le sort en est jeté. Deux cents [ÔM] pour bâtir une nouvelle civilisation, reconquérir une Terre qui n'est plus la même après le cataclysme que les Aliens n'ont pu empêcher. Nathalie réussira-t-elle la Mission que lui a confiée [ANOKHI] ? Et surtout, ne sont-ils plus vraiment que deux cents dans ce monde qui semble à l'abandon ?....

Etes-vous certains qu'il n'y ait rien sous Kheops ?

Quel plaisir de se laisser de nouveau absorber dans un livre de Jack Feret ! Il fait partie de ces artistes qui ont le soucis du détail, nous l'avions souligné lors de la lecture de La Sphère. Dans La Pyramide Enfouie il nous plonge de nouveau dans un univers riche, foisonnant, nous entraînant en Egypte auprès des humains qui ont survécu. A eux de rebâtir une civilisation sur cette Terre vierge qui s'offre à eux. Guidés par des êtres supérieurs, (Aliens déifiés ou Dieux "aliénés" ?) comment vont-ils évoluer dans un monde abandonné où tout reste à faire ?

Vous le découvrirez en vous plongeant dans ce récit poétique, à l'écriture élégante. Jack Feret bouscule les conventions du genre et surprend en sortant des sentiers maintes fois empruntés de la science-fiction. Tant et si bien qu'il ne peine nullement à convaincre les lecteurs peu portés sur la SF ! L'auteur manie une plume habile et la langue de Molière n'a aucun secret pour lui. Pour autant la lecture reste abordable, plaisante et ouverte à un large public.

Jack Feret ne néglige, dans ses ouvrages, ni le fond ni la forme. Alliant un récit original à une écriture de qualité, l'écrivain respecte son lectorat. Et cela est fort appréciable dans un univers littéraire où il est parfois difficile de s'y retrouver tant nous croulons sous les nouveautés. L'écriture est un art et Mr Feret porte discrètement mais efficacement sa pierre à l'édifice.

Avec La Pyramide Enfouie, second opus de la Saga de [ÔM], Jack Feret signe une suite audacieuse à son oeuvre entamée avec La Sphère et précédée de Sefrkhêt.  
L'ensemble de son oeuvre parue chez Annaéditions est disponible ICI.

Lady Fae

lundi 18 décembre 2017

Star Wars - Episode VII : La Forge Stellaire, de Zack Snyder


Il n'y a pas si longtemps, dans un univers parallèle, très parallèle...

Je vous salue bien bas, cinéphiles et affiliés. Et plus bas encore les fans de Star Wars qui aujourd'hui seront à l'honneur. En effet, nul n'a pu passer à côté : la saga revient avec un nouvel opus, lequel sert d'ouverture pour une troisième trilogie. Annoncé depuis le rachat de Lucasfilm par monsieur Mouse, il aura fallu patienter des années durant pour qu'il sorte finalement en salles. Et entre nous, l'attente en valait la peine. Différents grands noms ont été approchés afin de trouver quelqu'un d'assez téméraire pour relancer la licence, parmi eux Guillermo del Toro et Steven Spielberg -grand amis de Lucas. D'autres figures emblématiques du cinéma furent pressentis, mais presque à défaut, compte tenu des refus ou empêchements des premiers. J.J. Abrams entre autres se déclara intéressé mais fut écarté lorsque Zack Snyder accepta finalement la quête. 
Quel brio. Quel chef d'oeuvre. Plongeons sans plus tarder (on a assez poireauté comme ça) dans cette galaxie lointaine, très lointaine... 

 Episode « moins sept »

Ayant échappé de peu aux mains malhabiles et aux yeux vitreux d'Abrams, la licence Star Wars s'était donc trouvée -pour un opus au moins- un nouveau père d'adoption. Or la tâche n'était pas aisée, car si la prélogie avait été pensée dès l'origine et détenait pour faciliter sa mise en place des repères temporels précis dans la timeline de l'univers Star Wars, le cas était radicalement différent concernant les épisodes à venir. Heureusement, la saga, forte de son succès, était riche d'une communauté ô combien imaginative et fidèle. Comics, jeux-vidéos, romans, nouvelles, essais, nombreux furent les auteurs à participer à son enrichissement ; toujours sous l'oeil vigilent de Lucas et de Kathleen Kennedy, présidente de Lucasfilm. Le Lore (terme courant employé afin de désigner tout l'ensemble d'une œuvre, aussi appelé 'univers étendu') avait donc grandi incessamment pendant des décennies, et il était logique pour tout un chacun qu'y puiser pour relancer les longs-métrages constituait la meilleure piste à suivre. Et Zack Snyder ne s'y trompa pas. Poussé par le professionnalisme qu'on lui connaît, il prit grand soin de faire de la pré-production une étape cruciale du processus. Et c'est après avoir écarté l'idée de prolonger la saga par une suite qu'il jeta son dévolu sur la sombre et tumultueuse époque de l'Ancienne République. 
Celle-ci avait en effet rencontré un franc succès auprès du public lors de ses adaptations par le dixième art avec la licence « Knights of the Old Republic » (abrégée KOTOR). On y retrouvait les thématiques et problématiques classiques des films précédents, mais le contexte et les enjeux, eux, étaient bien différents. Aussi, la famille Mickey trouvait confuse l'idée d'une seconde « prélogie », comprendre ici que la firme tenait à ce que la chronologie soit déchiffrée de tous -surtout du jeune public- et qu'aboutir à des épisodes étiquetés "-3", "-2" puis "-1" leur semblait trop brouillon. Néanmoins, Snyder campa sur sa position et déclara que quel que soit le chiffre qui suivrait le titre, le film aurait bel et bien lieu quelques trois millénaires avant « Un Nouvel Espoir ». La production put enfin débuter, pour notre plus grand bonheur. 
Cela étant, il restait à l'équipe de production à affronter l'épineux problème que constituait une telle adaptation. En effet, il ne s'agissait pas ici de simplement reporter sur grand écran la trame et les cinématiques des jeux, ni de copier-coller le texte des romans pour en faire un script. Pour autant, respectueux du travail des auteurs dont il allait s'inspirer pour réaliser son film, Snyder embrassa l'ensemble de l'univers étendu comme canonique. Ainsi, la nouvelle trilogie ne devait-elle pas entrer en contradiction avec, et partait avec l'impératif de proposer une histoire originale tout en s'inscrivant dans un univers déjà bien établi. Et là-dessus, je tire la révérence à l'équipe d'écriture qui a su respecter le cahier des charges tout en laissant s'exprimer une créativité criante de génie.


Plus tard, je veux être Dark Revan. 

Ce nom ne parlera peut-être pas à ceux qui ne connaissent Star Wars que par ses films, quand bien même le titre 'Dark' leur offrira un léger indice quant au rôle que Revan a à jouer dans KOTOR. Pour les autres... oui, le long-métrage de Zack Snyder tourne autour de lui, et surtout lui rend parfaitement honneur. Toujours dans un soucis de cohérence avec l'univers étendu, rien n'indique le sexe du seigneur noir. Et cela ne confère au personnage que plus de charisme, le hissant véritablement à la hauteur de ce qu'était Vador dans la trilogie originale. Par ailleurs, c'est toute la dichotomie côté obscur / côté lumineux qui est réévaluée par ce personnage. En effet, pour ceux qui en ignorent l'histoire (brièvement retracée dans le film avant de ne perdre aucun spectateur), Revan n'a pas cédé à l'obscurité par malveillance et n'est pas le tyran avide de pouvoir que pouvait représenter Sidious, par exemple. Car c'est poussés par l'inaction du conseil Jedi dans une guerre de grande ampleur que son apprenti et lui se détourneront de la lumière pour protéger la galaxie. Oui, vous avez bien lu, des seigneurs sith qui veulent faire le bien. 
Cela était dès la base suffisamment bien exposé dans les jeux mais a littéralement été sublimé dans ce nouvel opus de la saga. Le climax, particulièrement, illustre avec brio la complexité des points de vue de chacun des protagonistes de l'histoire, sans jamais tomber dans un manichéisme peut-être judicieux à l'époque mais qui n'a plus rien de moderne. Les héros de l'histoire eux-mêmes -comprenant une certaine Bastilla Shan- seront sans cesse en questionnement vis à vis de leurs croyances et de leurs convictions. Avec cet épisode VII, Snyder revisite un thème qui lui est cher : la morale. Car la Foi, représentée par la Force, y est relayée au second plan, tant elle n'offre au fond aucun dogme assez fort pour s'opposer au libre-arbitre des personnages. 

Et ce choix sert savamment le scénario. Dès l'entrée nous sommes propulsés au beau milieu des guerres Mandaloriennes, période tumultueuse où la République Galactique est mise à mal par une armée de mercenaires et les Jedi -affaiblis par les récents conflits- peinent à protéger la galaxie. Le chaos est alors général : le conseil Jedi perd la confiance de la République et des scissions éclatent au sein de l'Ordre. L'aspect politique, cher à Lucas dans ses films et notamment dans la prélogie, dépeint à merveille le poids que représente en temps de guerre la moindre décision, et la difficulté de peser justement le pour et le contre dans des situations précipitées. Car on ne manque pas de vous rappeler dans "La Forge Stellaire" qu'à chaque minute qui s'écoule ce sont des centaines de victimes que fait le conflit. L'atmosphère en devient incroyablement pesante, et le spectateur en vient rapidement à ne pas choisir de camp entre le bien et le mal, sa préoccupation première étant qu'un des deux parvienne au plus vite à stopper les Mandaloriens. 
Une pure merveille d'écriture, vous dis-je ! 

Dans son ensemble, le film parvient à dépeindre son lugubre tableau avec autant d'adresse que Snyder a su nous y habituer. Et s'il fallait le rapprocher à une autre de ses œuvres, ce serait sans l'ombre d'un doute 'Watchmen' tant image et son semblent s'accorder tel un couple de valseurs. La lumière est jaugée avec un soin tout particulier. Traitée de manière aussi réaliste que possible, elle ne laisse aucune place à la fainéantise, et là où d'autres auraient ponctué le métrage de divers lensflare et autres effets un peu cheap, on a droit ici à des contrastes du plus beau rendu. Mention toute particulière à une scène tournée en 'nuit américaine'. Le procédé n'étant pratiquement plus utilisé depuis le passage au numérique, elle apporte ici une lecture optimale de ce qui est montré à l'image, tout en rendant l'illusion presque imperceptible. Un choix que je me suis efforcé de ne pas applaudir (pour ne pas déranger mes voisins, naturellement) mais que j'aimerais énormément retrouver plus souvent, au profit de ces scènes indéchiffrables qui drapent d'un voile noir la plupart des films de nos jours. 

En somme, ce nouvel épisode est un immanquable pour tout féru de cinéma, et plus encore pour les fans de la saga. Par ailleurs, en se détachant de plusieurs millénaires du reste des films, il n'est pas indispensable d'avoir vu un seul Star Wars avant d'embarquer pour 'La Forge Stellaire'. 

Sur ce, je vous laisse, et me ferai un plaisir de vous retrouver prochainement pour une nouvelle chronique. Pour le moment, il me faut hélas regagner cette réalité alternative où Abrams continue librement ses exactions et où la licence Star Wars n'est plus respectée que par le brillant Gareth Edwards. Portez-vous bien, et bien entendu, que la Force soit avec vous. 

Bien à vous, 
Bishop9K