mardi 22 mai 2018

Downsizing, de Alexander Payne


Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le "downsizing". Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek  et sa femme à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours.

Dans ce film de Alexander Payne, jonglant habilement entre humour et situations ubuesques, l'anticipation se mêle à une fable écologique et sociétale.

Chérie, j'ai rétréci...

Afin de réduire son empreinte carbone sur la Terre, l'Homme se voit proposer la possibilité de rapetisser pour ne plus atteindre qu'une quinzaine de centimètres environ.
Notre héros Paul Safranek (Matt Damon) franchit le cap pour rejoindre une ville ydillique espérant voir son pouvoir d'achat augmenter tout autant que sa taille diminue.
Mais tout ne va pas se passer exactement comme prévu et le voilà plongé dans une aventure bien trop grande pour sa petite existence !!!

Un casting et une réalisation à la hauteur

Matt Damin, Christoph Waltz, Kristen Wiig et Hong Chau, sous la direction de Alexander Payne, portent avec brio et humour une fresque satyrique dépeignant tout ce que l'humanité contient de clichés. Les acteurs s'en donnent à coeur joie pour rendre leur personnages attanchants, drôles, un brin pathétiques mais diablement crédibles.
La mise en scène est soignée et orchestrée donnant parfois l'impression d'assister à un ballet (notamment lors de la scène où les protagonistes rétrécissent).


A petits humains, grands débordements

Si Downsizing laisse entrevoir une dénonciation du comportement de l'humain sur Terre on retombre vite dans les travers inhérents à l'humanité.
Si l'aventure commence avec une petit communauté de Suédois idéalistes et écologistes motivés par la volonté de sauver la planète, le reste de l'humanité suit le mouvement mais avec des desseins bien différents !
La miniaturisation permet au final pour certains d'accéder à l'American Dream en acquérant des demeures outrageuses dans des villes ultra-sécurisées. Pour d'autres c'est le moyen idéal de museler les opposants politiques et de rendre quasi-invisibles les minorités pauvres et laborieuses.

Downsinzing est un film relativement habile qui souligne à la fois l'empreinte de l'homme sur Terre et la nécessité d'inverser la tendance, la solidarité au sein de certaines communautés et la tolérance. Il met également en avant un évident je m'en foutisme quant à l'état de la planète porté par un esprit consumériste à outrance.
De l'écologiste idéaliste Suédois à l'Américain ultra-consommateur en passant par la dissidente asiatique devenue femme de ménage, tout le monde en prend pour son grade dans cette fable d'anticipation décalée, audacieuse et très second degré !

Dowsinzing est disponible en Blu-Ray, en DVD et 4K Ultra HD + Blu-ray

Lord Karvern

samedi 19 mai 2018

Les Rescapés de Kharon - Volume 1, de Kéréa Swan


Sur leur planète envahie et irradiée, les Kharoniens survivants sont parqués dans des Citadelles et des Scolarènes. Travaux scientifiques forcés pour les uns, reprogrammation physique et mentale pour les autres, ils vivent sous la férule des Maîtres. Aussi appelés Xéhrian, ceux-ci sont aux ordres des envahisseurs, ces mystérieuses Saamées que nul n’a jamais vues.
L’un d’entre eux, Rahxéi, se révolte presque malgré lui pour sauver Liliaée, une esclave scientifique condamnée à mort. A eux deux, pourront-ils affronter les autres Maîtres et défier les armes psychiques et technologiques des Saamées ? D’autres rescapés oseront-ils les suivre ? 
Avant l'invasion, Kharon était une colonie de Gaïa Tertia. La perte de ses richesses minières ayant provoqué une grave crise socio-économique sur la planète métropole, l’Ahjna commandante Iova Tazaris prépare l’indispensable reconquête. Après une rude sélection, l’aspirant Kearyo Nealian se révèle aussi talentueux que maladroit. Il est aussi éperdument amoureux de la jeune fabulactrice Elyna Saron. 
Le couloir surstellaire qui relie Gaïa Tertia à Kharon se rouvre dans dix jours. Pour tous, le compte-à-rebours a commencé…

L'auteur, Kéréa Swan, nous plonge, avec Les Rescapés de Kharon, dans un récit riche et complexe. Kéréa  Swan a su créer un univers original qu'elle s'approprie et développe avec une facilité déconcertante. Nul doute que l'auteur vient elle-même de ces contrées lointaines qu'elle décrit habilement et il n'est pas impossible qu'elle fréquente au quotidien les créatures (Frelions, Caïdiles ou Panthigres) qui peuplent ce roman.

Mais si ce foisonnement participe à l'incroyable richesse de ce récit de science-fiction, il est également un frein pour le lecteur.
Il est en effet ardue de s'immerger complétement dans cet ouvrage pourtant rythmé et emplit de moults rebondissements.
Les Rescapés de Kharon est loin d'être un roman ennuyant bien au contraire. Cependant le lecteur peut vite se perdre dans un vocabulaire spécifique à l'intrigue tout droit sorti de l'imagination fertile de Kéréa Swan : entre des créatures jusqu'alors inconnues et des personnages sibyllins, entre les armes, véhicules et matériaux dont nous ignorions jusque-là l'existence il est difficile de ne pas s'égarer dans les méandres de ce monde étranger.
L'auteur a pourtant pris grand soin de dresser un lexique complet et détaillé aidant à la compréhension de l'oeuvre. Malheureusement ce dernier est situé en fin d'ouvrage de même que la présentation des protagonnistes. Il est alors fastidieux de devoir, trop souvent, interrompre sa lecture pour s'y référer. Des annotations en bas de page auraient sans doute été un choix plus judicieux et confortable pour le lecteur.

Les Rescapés de Kharon reste cependant un récit de qualité que je recommande à des lecteurs aguerris. Ce premier volet est disponible ICI.

Lord Kavern

jeudi 10 mai 2018

Thelma, de Joachim Trier


Bien le bonjour à vous, visiteurs réguliers ou épisodiques de L'Etrange Librarium. Je m'en viens vers vous en ce jour avec un billet qu'il m'aura fallu travailler ardemment avant d'être en mesure de vous le livrer. Relecture du film, visionnages intégraux successifs, découpage scène par scène, recherches sur un auteur qui jusqu'alors m'était totalement inconnu, et je vous épargne volontiers la quête qui se fit mienne de mettre la main sur ses précédents courts et longs métrages. Car on ne le répète que trop peu : on ne saurait mieux apprécier une œuvre cinématographique qu'au sein de la filmographie de son réalisateur. Et c'est bel et bien le cas pour les travaux de Joachim Trier, car avec une poignée seulement de films à son actif, il demeure loin de ces tristes Yes-men au bagage chaotique et incohérent. Joachim Trier, c'est cette patte typique des pays scandinaves, qui se distingue des productions européennes et américaines par une lecture plus lente et un découpage bien moins brusque, ce à l'écrit comme à l'écran, d'ailleurs. Et de là découle toute la difficulté dans l'analyse, le traitement et la critique d'une œuvre de ce genre.

Par ailleurs, les différentes thématiques abordées dans le long-métrage n'ont rien d'anodins malgré leur apparente banalité, et il est légèrement déroutant de les voir traitées à travers un filtre autre que celui ou ceux auxquels nous pouvons être habitués. "Thelma" est de ces films qui -à mon bien humble avis- ne peuvent faire l'unanimité auprès du public, tant il se présente en décalage des codes avec lesquels s'est forgée jusqu'aujourd'hui la culture cinématographique occidentale. Et c'est là toute sa force, ou du moins, ce qui m'aura motivé à vous en toucher quelques mots. Découvert il y a moult mois de cela, à l'occasion du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (ou FEFFS pour ceux qui ne parviennent pas à le prononcer sans bafouiller), j'ai eu le plaisir de le revoir dernièrement à l'occasion de sa sortie dans les bacs. Aussi ne vais-je pas faire traîner cette introduction plus longtemps, mesdames et messieurs, bienvenue dans les grandes étendues du cinéma norvégien ! 


Du synopsis et de son traitement.

Nous n'entrerons pas dans de profondes leçons sur le septième art, la composition de ses œuvres ou de ce qui en permet l'analyse, mais il demeure important de garder à l'esprit qu'à l'origine de tout métrage, qu'il soit court ou long, on trouve un synopsis, une histoire à raconter. Si parfois cette dernière peut être secondaire, supplantée dans son importance par le traitement des ou d'un personnage, elle reste le moteur même du projet et se doit d'être un terreau suffisamment fertile pour lui dédier une à deux heures de pellicule. Concernant le film qui nous intéresse, on peut trouver en ligne le synopsis suivant : Thelma est une jeune étudiante norvégienne issue d'une famille très religieuse qui monte à Oslo pour ses études. Elle tombe amoureuse de sa belle camarade Anja et découvre qu'elle dispose de pouvoirs surnaturels. On a donc une accroche classique et éculée, à la base de nombreux teen-movies sans aucune saveur ni profondeur. De plus, comme mentionné plus haut, l'accent y parait plus appuyé sur les personnages que sur l'intrigue qui les entoure. Or c'est là que la touche 'scandinave' apporte tout son sel ! Changez les noms du synopsis ci-dessus, et vous pourrez le faire s'associer à plus d'une dizaine de films à la qualité inégale mais au contenu rigoureusement identique. Mais alors, en quoi "Thelma" se distingue-t-il de ce panier ingrat ? Tout tient au traitement des sujets et thématiques approchées.

En effet, on relève des thèmes forts et la plupart d'entre eux s'opposent les uns aux autres, comme dans un débat entre Bien et Mal, sans pour autant tomber dans un manichéisme fade et lisse. Par exemple -et non des moindres- on ressent planer l'ombre de la sorcellerie sur la jeune Thelma pourtant élevée dans la Foi. Il n'y a d'ailleurs pas que ses dons surnaturels qui se retrouvent confrontés à la stricte éducation religieuse de la jeune femme, car la découverte de ses désirs amoureux se fait à l'encontre même de ce qui lui a toujours été présenté comme bon, moral, et naturel. De même, l'omniprésence de ses parents met paradoxalement bien en avant le saut dans l'inconnu que constitue pour elle la vie hors du cocon familial.

C'est donc un récit placé sous l'égide du conflit -problématique récurrente de la transition entre enfance et âge adulte- que nous livre le réalisateur dans un écrin froid. Froid de par sa construction contemplative d'un côté, mais aussi par un détachement presque inconfortable vis-à-vis du spectateur. Qu'on se le dise : à aucun moment on ne sent impliqué dans l'histoire qui nous est contée et le pathos en pâtit par conséquent beaucoup. En effet, bien qu'on ne quitte que très rarement le personnage de Thelma, au point de pouvoir compter les plans dont elle est absente, la caméra ne la filme toujours qu'en surface, empêchant de fait toute projection. Certes, cela ne constitue pas un critère immuable pour gager de la qualité d'un bon film, et nombre de métrages ont su se hisser jusque dans la légende en s'abstenant de créer de l'empathie pour leurs personnages, mais tous se sont appuyés pour cela sur un scénario impactant, une intrigue forte ou sur une réflexion poussée. Or, et nous en parlions en amont, le synopsis est ici d'une pauvreté telle qu'il ne peut se suffire pour porter le film à lui seul. Et en se détachant comme il le fait de ses personnages, c'est l'ensemble de l’œuvre qui se drape d'une froideur ô combien inhospitalière. 

Qu'on ne se méprenne pas sur mes mots, tout ceci ne fait pas de "Thelma" une mauvaise production pour autant. Mais la thématique du conflit interne, bien que traitée avec maturité, perd de son impact et semble même sur la fin complètement artificielle. En ressort comme la sensation d'un trop-plein, comme si l'auteur avait simplement dressé deux colonnes, l'une comprenant le simple mot 'foi' et l'autre noircie de TOUT ce qu'on peut y opposer. La relation entre Thelma et Anja, pierre angulaire de l'intrigue, paraît totalement artificielle. Alors certes, certains points du scénario et quelques révélations viennent étayer cette artificialité apparente, mais cela compense bien maigrement la sensation de subir les relations entre les personnages. Définitivement, Trier commet ici les mêmes impairs qu'avec ses projets précédents, et se risque alors à perdre une grande part du public qui viendrait voir son film. Toutefois est-il encore important de garder à l'esprit combien la narration diffère dans sa nature d'une culture à l'autre. L'émergence de la littérature nordique dans nos rayonnages ces dernières années aura rencontré auprès des lecteurs peu ou prou les mêmes difficultés. Il est donc aisé de faire le parallèle, et de se forcer à prendre quelque recul dans notre jugement. Ceci étant dit, la force de « Thelma » ne réside aucunement dans son écriture ou dans le traitement de ses personnages, mais bien dans son incroyable photographie et sa mise en scène ô combien soignée. Alors passons les gris nuages, et penchons-nous maintenant sur les vraies qualités du film...

De l'art de se servir d'une caméra.

S'il ne s'impose pas comme un maître de l'écriture, ni ne pourrait prétendre à imposer sa plume comme un phare dans le paysage cinématographique, on ne peut pas enlever à Joachim Trier d'apporter à son œuvre un aspect visuel marquant. Épaulé par Jacob Ihre, la photographie de "Thelma" est littéralement à couper le souffle et cela frappe dès la scène d'ouverture ; laquelle est par ailleurs une petite merveille de mise en scène. Car à ce jeu-là aussi le réalisateur excelle. Le film s'ouvre ainsi sur un de ces paysages dont la Norvège garde jalousement le secret : un immense lac gelé, encadré par d'enneigées montagnes. Le dépaysement est total pour quiconque n'a pas cette vue depuis sa fenêtre au petit-déjeuner, et bénéficie surtout d'une mise en valeur pointilleuse et presque passionnée. La scène de chasse père-fille, en préambule à l'écran-titre, pourrait constituer un (très) court-métrage qui me ferait sans doute couler autant d'encre que le film entier, si ce n'est plus. Très chargé émotionnellement, il est probablement la cause première de ma dépréciation du reste de l’œuvre. En somme, on se retrouve devant le même cas que l'inégale version longue de "Dans le Noir" de David Sandberg. Mais cette fois-ci la patte est maintenue jusqu'au générique de fin, faisant se succéder des plans soignés et adroitement travaillés. Outre la magnificence des paysages, c'est la manière dont ils sont filmés ou intégrés au récit qui les sublime. Quelques scènes nous gratifient ainsi d'une vue d'ensemble sur les lieux où se déroulent l'action, et leur transition vers des dialogues tournés de près et à l'épaule demeure du plus bel effet.

C'est peut-être aussi cette minutie presque obsessionnelle de constituer chaque plan comme un tableau qui donne à l'ensemble de l’œuvre son cachet si particulier, et ses décors épurés appuyés par une bande-son très discrète offrent bien peu de distractions à notre cerveau, forçant en un sens notre concentration sur les événements présentés. Les compositions musicales sont en effet peu nombreuses, versées dans un style très ambiant qui renforce le silence pesant ponctuant les dialogues. Ces derniers sont d'ailleurs très intimistes, souvent centrés sur un interlocuteur à la fois et légèrement agités, comme pour les rendre plus vrais, surtout en comparaison des innombrables plans fixes et rigoureusement cadrés du reste du film. Que dire aussi de la séquence du ballet à l'opéra ! Sublime, de la photographie au montage en passant par la mise en scène (elle-même mise en abîme, bordel c'est beau). S'il fallait substituer une scène au climax plutôt décevant, ce serait celle-ci tant le réalisateur semble y avoir investi le meilleur de toute son équipe. Et bien qu'elle puisse paraître un peu brève, ce n'est que par sa qualité car allongée, elle aurait hélas perdue de sa splendeur.

En cela, "Thelma" constitue un excellent support pour tout cinéaste, analyste et critique. Contrebalançant ses faiblesses par des atouts d'une qualité rare, il se montre tout désigné pour illustrer la précarité derrière l'équilibre d'une production cinématographique. La prestation de ses acteurs -en particulier l'éponyme- dénote du même funambulisme, sonnant parfois aussi faux que d'autres paraissent capturées du quotidien. Quelques points noirs ci et là viennent assombrir un tableau pourtant éclatant, comme les séquences de flash-back qui sont sans doute les scènes les plus lourdes d'impact émotionnel mais également celles qui sont amenées de la manière la plus bâtarde dans le récit. Et c'est l'ensemble du long-métrage qui semble suivre ce schéma, hoquetant de l'expression du génie à la maladresse d'un cancre, sautillant toujours d'un pied à l'autre comme un boiteux leitmotiv. Jusqu'à son dénouement d'ailleurs le film suit cette étrange structure : un prologue magistral pour un final essoufflé. En revanche, targué d'être un "Carrie" moderne, le parallèle ne m'est pas apparu une seule fois, et à ce compte, autant affirmer haut et fort que "Terminator" et "Robocop" sont un seul et même film. A mon sens, hormis le fait que les deux références traitent d'une jeune adulte en proie aux problèmes de son âge et dotée de pouvoirs qu'elle ne maîtrise pas, ils n'ont absolument rien en commun. Les mettre en corrélation se révèle de plus néfaste pour l'appréciation du film de Trier, car l'accent n'est pas du tout placé sur les mêmes points, et « Thelma » ne saurait alors apparaître pour autre chose qu'un vulgaire plagiat raté, laissant alors le spectateur passer à côté de tout ce dont il recèle pourtant de fabuleux et d'unique... 

Sur ce, je m'en vais retrouver les horizons enneigés de mes premiers amours nordiques, loin des drakkars et autres folkloriques casques à cornes, c'est au Danemark que s'était pour la première fois envolé mon cœur, vers la Mélancolie et ce chalet où règne le Chaos. Bien à vous,

Bishop9K

Thelma est disponible ICI