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samedi 7 décembre 2013

Interview de Stéphane Réthoré, réalisateur de 300 000 kilomètres/seconde


 ©Photos: Camille Corbetto 

L'Etrange Librarium : Nous venons de regarder votre court métrage qui nous a beaucoup plu. Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs et parler de votre film ?



Stéphane Réthoré : J'ai 31 ans et suis originaire de Nantes. 
Après une fac d'Arts du Spectacle (Paul Valéry à Montpellier) et une école de Cinéma (CinéCréatis à Nantes, je suis monté sur Paris il y a 4 ans pour travailler en tant que réalisateur et monteur (surtout sur des films d'entreprises et des reportages TV).
En parallèle, j'ai commencé par monter des projets de fausses publicités (en étant un peu sur tous les fronts : écriture, storyboards, réalisation) pour me faire la main en apprenant à raconter des histoires très courtes (moins de 40 secondes). 
Puis l'envie de me lancer dans l'aventure du court métrage est arrivée. 


300 000 KILOMETRES / SECONDE est donc mon premier court-métrage qui est devenu, lors de l'écriture avec le romancier Sylvain Blanchot, très vite un projet de long métrage. 

C'est en écrivant le scénario du court-métrage que nous nous sommes rendus compte que le sujet était plus vaste que prévu et que l'histoire et les personnages se développaient d'eux mêmes.
 Nous sommes donc partis sur l'idée de plutôt écrire un pilote de long métrage : le court constituant en fait la première partie du long.
 
Comme il difficile de monter directement un projet de long en France (d'autant plus qu'il s'agit d'un film de genre(s) : un mélange d'aventure/Film noir avec une touche de Science-Fiction), nous avons opté pour la solution suivante : écrire le long métrage et réaliser le pilote, pour avoir plus de chance d'intéresser les productions en posant, dès le court-métrage, les bases de l'histoire, ainsi que tous les éléments du long : personnages, ambiance, esthétique, rythme, musique, comédiens, etc...

Maintenant que le court est terminé, nous avançons donc sur l'écriture du long, pour pouvoir présenter aux productions au moins un synopsis global de l'histoire, accompagnée du court-métrage. 
Et si le projet intéresse quelqu'un, nous pourrons véritablement écrire le scénario. Car même si de nombreux morceaux sont déjà écrits, c'est encore un travail en cours.



E.L: quelles sont vos sources d'inspiration en littérature et au cinéma ? Qui sont vos "maitres" en SF ?
S.R: Il y en a beaucoup ! Sans ordre de préférence :
Pour le cinéma : Frankenheimer, Carpenter, Noe, Scorsese, De Palma, Gilliam, Truffaut, Amenabar, Scott (les 2), Spielberg, Kubrick, Lynch, Burton, Niccol, Curtiz, Mac Tiernan, Leone, Penn (père et fils), Hitchcock, Wilder, Stone, Blier, Lumet, Cameron, Tati, Tavernier, Kitano, Lucas, Refn, Aldrich, Gondry,Welles, Proyas, Woo, Coppola, Peckinpah, Grangier, Fincher, Mann (père et fils), Marker, Tarkovski, Friedkin, Audiard (fils), Soderberg, Lang, Cohen Bros, Romero, Polanski, Verneuil, Hawks, Renoir, Ray, Cassavetes, Chaplin, Aronofsky, Zemeckis, Dante, Verhoeven, Godard (mais pas tout), Antonioni, Jarmush, Lee, Jonze, Tourneur, Kurosawa, Fassbinder, Fellini (mais pas tout), Capra, Fuqua, Miyazaki, Forman, Lean, Allen, Raimi, Lasseter, Bird, Landis, Nolan, Wise, Demme, Mendes, Edwards, Altman. Et j’ai dû en oublier quelques uns…
En littérature : pour ce projet plutôt SF donc, mais pas seulement, (toujours sans ordre de préférence): Verne, Dick, Bradbury, Asimov, Silverberg, Andrevon, Bordage, Sheckley, Wells, Crichton, King, Finney, Clark, Barjavel, Manchette…

Le jeu vidéo aussi : surtout Heavy Rain et L.A Noire.
Mais la référence majeure pour le court métrage était la série Tv des années 60: The Twilight Zone (La Quatrième Dimension)



E.L : Nous avons pensé au livre "Le voyageur imprudent" de Barjavel en voyant votre film. Qu'est ce qui vous a donné envie de vous "attaquer" au voyage dans le temps ?

S.R : Oui Le voyageur imprudent est aussi une des nombreuses références du projet.
 
Personnellement j'ai toujours été fasciné par le voyage temporel, les choses que cela pourrait permettre, mais aussi les dangers que cela peut impliquer. 

C'est avant tout un formidable moyen de raconter une histoire. 
Comme tout thème de science-fiction : il permet de mieux parler du monde actuel, en utilisant continuellement la métaphore. 

Au début du projet, une idée me trottait dans la tête depuis quelques temps déjà : écrire une histoire de chasse à l'homme sur fond de voyage dans le temps. 
Et... le reste est venu très vite.
 
Tout ce qui touche au temps me passionne de toute façon : je peux rester des heures à observer des détails de vieilles photographies. 
Par exemples des photos de rues parisiennes du début du siècle : plus la photo est de bonne qualité et plus on arrive à s'immerger dans l'image. Des photos inédites et en couleur datant d'avant la Première Guerre Mondiale ont été retrouvées il y a peu, on peut les trouver en haute définition sur le net : passez au moins 5min devant l'une d'elle et je vous garantis que vous allez voyager dans le temps !

E.L : comment s'organise le travail de réalisation d'un film ? Avant, pendant après le tournage ? Comment avez vous choisis l'équipe qui vous entoure (acteurs, l'équipe technique, le choix de la musique ?) 



S.R : Entre l'écriture du scénario et le film fini il s'est passé 3 ans. Le plus rapide a été l'écriture. 

Ensuite il a fallu commencer à chercher de l'argent pour donner vie à l'histoire et aux personnages. 
C'est à partir de là que les difficultés ont commencé !
 
J'ai tout d'abord constitué un gros dossier contenant tous les éléments que j'ai jugé nécessaires à la bonne préparation du film : 
 j'ai dessiné un storyboard complet en niveaux de gris (les dessinateurs sauront de quoi je parle :) ) afin de pouvoir être plus précis sur les indications d’ombre et de lumière. Chaque plan étant donc dessiné, cela permettait déjà de sentir le rythme et l'ambiance des scènes.

Le dossier contenait également des recherches de costumes et décors, en couleurs. Ces illustrations ont été faites par Camille Corbetto
Le dossier comprenait aussi un petit paragraphe sur chaque personnage du film, expliquant son passé, ses motivations, ses traits de caractère. Cette partie a été importante plus tard pour le travail de préparation avec les comédiens.

Il y avait aussi des références pour l'image (photographies, mais aussi photogrammes de films, etc...)

Le découpage technique (avec des indications très techniques donc, destinées aux chefs de postes image et son)

Et encore pas mal de petites choses...


Le but était de pouvoir être très clair sur les intentions du film.
 C'est un projet ambitieux, un film d'époque qui plus est : pas le droit à l'erreur !
Avec ce gros dossier j'ai donc commencé par rencontrer les comédiens, pour leur parler du projet.

Une fois les 5 comédiens trouvés, j'ai lancé une campagne de crowdfunding pour obtenir une partie du budget du film, et ainsi donner du poids au projet. Puis j'ai trouvé une boite qui m'a proposé d'être producteur délégué.


Puis le projet était lancé et ça a été la rencontre avec l'équipe. 

J'ai rencontré tous les chefs de postes un par un (toujours avec dans les mains ce gros dossier !) pour parler avec eux du projet.

Je les ai ensuite laissé constituer leur équipe comme bon leur semblait.
 

On a ensuite planifié le tournage : ça s'est fait en février 2012, il était important de tourner en hiver pour condenser le tournage au maximum : le film se déroulant intégralement de nuit, on a ainsi pu tourner un maximum de plans en un minimum de jours car c’est le moment de l’année où les nuits sont les plus longues.
On a tourné de 20h à 6h du matin, pendant 8 nuits (dont 2 en studio).




Un mois plus tard le montage était fait, et on a commencé la très longue phase des VFX : environ 1 an et demi de postproduction. 
(Les soirs et weekend car toute l'équipe du film est bénévole).

La postproduction a été un gros boulot car beaucoup d'effets "invisibles" ont été réalisés : comme par exemple effacer tel ou tel élément de décor qui n'existait pas à l'époque du film. Tout ce qui était affiches, pubs, signalétique, etc... était à effacer pour coller au maximum au Paris d'origine. Même si, avec les recherches que l'on a faites, on s'est vite rendu compte que le Paris des années 50 n'était pas si beau que l'on croit ! 
Les rues et façades de bâtiments étaient souvent sales et mal entretenues, assez loin de ce qu'on a en tête.


La post-production s'est donc enfin achevée il y a quelques semaines et l'avant première a eu lieu il y a quelques jours au cinéma Max Linder à Paris.



 ©Photos: Camille Corbetto

E.L : vous avez présenté le film pour la première fois le 30 novembre, un grand moment pour vous ?! Quel accueil a réservé le public à votre court métrage ?

S.R : Personnellement beaucoup de stress avant, mais beaucoup de bonheur pendant !

195 personnes se sont déplacées spécialement pour voir le film (et juste ce film). 
Certains ont même fait une croix sur leur grasse matinée du samedi car la projection a eu lieu à 11h, d'autres ont fait le déplacement d'autres villes spécialement (Nantes, Montpellier, Lille, Le Havre...)

Les retours ont été très positifs, le public a été unanime : ils ont tous envie de voir la suite de l'histoire. 


En en ayant discuté avant avec Sylvain (Blanchot, le co-scénariste) il était pour nous important de rencontrer le public dès le court-métrage, pour pouvoir discuter avec lui du projet: ce qu'il a aimé, moins aimé, etc... 
Un débat a eu lieu dans la salle entre le public et l'équipe, juste après le film.


©Photos: Camille Corbetto 
 
C'est d'autant plus important pour notre démarche de recherche de production pour le long métrage que de montrer au(x) futur(s) producteurs que le public du film est déjà clairement identifié: il s'adresse autant aux amateurs de films de genre qu'aux novices, les fans de littérature SF y trouvent également leur compte car de nombreux thèmes y sont cités, sans oublier les enfants et les ados. Le cinéma a longtemps considéré les ados comme un public peu exigeant mais c'est totalement faux, et même si la tendance commence enfin à évoluer dans le bon sens, c'est une chose à ne surtout pas ignorer.
 
Le projet et les thèmes qu'il développe sont donc destinés en priorité à un public adulte mais seulement.

E.L : si vous souhaitez ajouter ce qui n'a pu être dit précédemment c'est à vous (remerciements, anecdotes de tournage, comment se procurer le film...) :

S.R : Pour voir le film : Le court métrage part dans plusieurs festivals nationaux et internationaux durant les prochains mois, en espérant qu'il obtienne plusieurs sélections. Rien n’est gagné.
La prochaine diffusion aura lieu à Lyon le 21 décembre pendant la soirée Le Jour Le Plus Court De l'Année.
Pour les autres diffusions, il suffit d'aller faire un tour sur la page Facebook du projet , où des news seront mises à jour régulièrement concernant les prochaines diffusions.

Nous allons aussi passer quelques jours à Cannes en mai prochain pour montrer le film et je l'espère faire quelques rencontres importantes.
Puis dans un second temps le film sera disponible en Bluray, DVD et VOD.

Il est également possible pour les pros qui voudraient voir le film dès maintenant de nous contacter directement par mail.

Je souhaiterais, pour finir, remercier une nouvelle fois toutes les personnes grâce à qui ce projet a pu voir le jour:
Les 130 donateurs Ulule grâce à qui on a pu obtenir une bonne partie du budget du film, toute l'équipe qui a su endurer des conditions de tournage difficiles dues au manque de moyens et aux conditions météorologiques compliquées (!), ainsi que les figurants et surtout les comédiens qui ont cru au projet dès le départ, et qui nous ont permis de vivre la première partie de cette grande aventure !

Propos recueillis par Lady Fae

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