mercredi 11 juin 2014

Le Pacte des Loups, entre faits historiques et univers fantastique.



Un peu d'histoire...

Dans l'actuelle Lozère, du 30 Juin 1764 au 19 Juin 1767, sévit celle que l'on appelle en occitan la Bèstia Da Gavaudan.
Bien loin de rester un fait divers local c'est bientôt la France entière qui entend parler des attaques de la Bête : loups ? animal exotique ? tueur en série sadique ? punition divine ? monstre venu des Enfers ?  Les rumeurs vont bon train et ne tardent pas à arriver aux oreilles des Parisiens.
Nous sommes à la fin de l'Ancien Régime et règne dans le Gévaudan une profonde misère. L'ignorance et la mysticisme planent dans ces campagnes reculées. Les meurtres attribués à une bête féroce ne tardent pas à mettre en péril l'image du pouvoir absolu de Louis XV.
Le contexte est on ne peut plus favorable à la naissance d'un mythe.

La Bête passionne ...

Qu'on se le dise plus de trois siècles plus tard la Bête court toujours. Elle fait peur, fascine et nous la retrouvons dans bons nombres d'oeuvres.

Je citerais tout d'abord un téléfilm sortit en 1967 et qui est très fidèle à l'histoire de la Bête : "La bête du Gévaudan" de Yves-André Hubert. Cette évocation dramatique met l'accent sur les actions mises en oeuvres pour anéantir la Bête et ne la montre que très peu au téléspectateur, renforçant ainsi son caractère mystérieux.
En 2003, un autre téléfilm portant le même titre et réalisé par Patrick Volson, reprend l'histoire de la Bête en incluant à la fois la théorie du loup enragé et celle du fou sadique.
En 2010 c'est le très bon "Wolfman" de Joe Johnston qui revient sur ce mythe en évoquant la possibilité du loup-garou. Un vieil homme offre une canne en argent acquise dans le Gévaudan à Talbot, magnifiquement interprété par Guillermo Del Toro.

En littérature la Bête fait couler l'encre. Robert Louis Stevenson, qui traversa le Gévaudan en 1878, rapporte dans son livre "Voyage avec un âne dans les Cévennes", que "c'était, en effet, le pays de la toujours mémorable Bête, le Napoléon Bonaparte des loups. [Et qu']elle vécut dix mois à quartier libre dans le Gévaudan et le Vivarais, dévorant femmes et enfants..."
On la retrouve aussi dans une bande-dessinée de Jean-Louis Pesch, toujours intitulée "La Bête du Gévaudan"


Mais l'ouvrage que je trouve le plus complet a été écrit par Michel Louis et est intitulé "La Bête du Gévaudan, l'innocence des loups". Cet ouvrage est paru en 1992 chez Perrin.
L'auteur, spécialiste du comportement des animaux sauvages nous livre une recherche très poussée sur ce mystère. Entre témoignages de l'époque (écrits des curés recueillant les dires de ceux qui avaient vu la bête) et connaissances poussées du monde animal, Michel Louis soulève le voile au sujet de la Bête. Sans tomber dans le cliché du complot contre le roi il évoque tout de même la possibilité d'une tentative de déstabilisation de la monarchie. Son ouvrage permet aussi de constater à quel point la religion était présente dans les campagnes. Dans des villages isolés durant les longs hivers, les attaques inexpliquées devenaient vite l'oeuvre du Diable.
Riche en documentations, en recherches dans les archives et illustré grâce à des gravures de l'époque je considère ce recueil comme un incontournable si on souhaite en savoir plus sur le sujet.


Le Pacte des Loups

En 2001 sort dans les salles obscures le magnifique Pacte des Loups signé Christopher Gans. Celui-ci s'inspire librement de la légende de la bête et offre un véritable chef d'oeuvre à son public.
Grégoire de Fronsac, naturaliste au jardin du roi est envoyé en Gévaudan pour dresser le portrait de la Bête. Accompagné de son frère de sang, Mani (indien de Nouvelle-France), il va mener l'enquête sur les attaques. Bien vite il se heurte à la noblesse locale (la famille De Morangias) qui semble manifester un attachement particulier pour la Bête qui massacre les paysans.


Le Pacte des Loups reprend la théorie du complot visant à déstabiliser le Roi. Nous retrouvons dans cette fiction quelques figures notables réelles de l'époque : La famille De Morangias (de son vrai nom De Morangiès), le porte-arquebuse du roi... Il est astucieux de la part du réalisateur de ne pas faire de la Bête un mythe totalement détaché de la réalité. Comme on dit il n'y a pas de fumée sans feu, il a donc dû se passer quelque chose dans les froides montagnes du Gévaudan.

Certes le film a ses anachronismes tant au niveau des us et coutumes de l'époque que des combats (indien pratiquant les arts martiaux, armes utilisées...). Mais ceux-ci sont sans nul doute voulu pour le côté grand spectacle du film.
Quoiqu'il en soit le rendu final est à la hauteur des espérances suscitées par la bande-annonce.


Le casting mêle jeunes acteurs (Samuel Le Bihan, Emilie Dequenne, Jérémie Renier...) aux valeurs sûres de notre cinéma (Jean-François Stévenin, Vincent Cassel, Jean Yanne...), chacun est très juste dans le rôle qui lui a été attribué. Une mention spéciale à l'inquiétant Vincent Cassel et à la sublime Monica Bellucci très convainquante en espionne envoyée par Rome.
Le film, tourné en 23 semaines, nous entraîne dans les somptueux paysages du Gers, de la Dordogne ou des Hautes-Pyrénées.
La musique signé Joseph LoDuca accompagne très bien l'ambiance du film, collant au plus juste à chaque scène.
Mêlant les genres (western, film de cape et d'épée) le film rencontre un franc succès. Personnellement je l'ai bien vu une vingtaine de fois !
A noter tout de même que certaines scènes heurteront la sensibilité des jeunes spectateurs car même si la Bête est surtout suggérée, les ravages qu'elle produit ne le sont pas et rien n'est épargné au spectateur.

Je terminerais par une note sur l'artiste qui a réalisé les dessins que présente Grégoire de Fronsac. Il s'agit du talentueux Matthieu Lauffray. Il a aussi été la doublure "mains" de Samuel Le Bihan lorsqu'il dessine. 
Voici quelques une des ses oeuvres...


  

Lady Fae

2 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé ce film et le lien avec l'histoire. Très belle critique. :)

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    Réponses
    1. Merci Laure !
      Si vous aimez les légendes plu sou moins en lien avec l'histoire je vous conseille de jeter un oeil à toute la filmographie que la légende du monstre du Loch Ness a vu naître vous trouverez sans doute de quoi passer une bonne soirée

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