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mardi 14 novembre 2017

Le Carnaval aux Corbeaux, d'Anthelme Hauchecorne


"Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal. Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu. Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre.Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.
À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite... Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?"

J'avais découvert "la plume noire d'Anthelme Hauchecorne avec son cercueil de Nouvelles, Punk's Not Dead, en 2014. Je viens d'achever la lecture de son roman : Le Carnaval aux Corbeaux, publié en 2016 aux Editions du Chat Noir et disponible ici.

Premier tome de la série "Le Nibélung", ce roman met en scène les aventures de deux amis tout aussi dissemblables que puissent l'être le jour ou la nuit, le sel ou le poivre, les sorciers et les moldus : Gabriel Grimm et Ludwig Poe, dans la petite ville de Rabenheim et au delà.
Le premier est, selon ses dires, un garçon blond quelconque et timide, passionné d'histoire et de chevalerie, issue d'une famille ayant cultivé la banalité tel un étendard. Le second est un garçon brun, excentrique, curieux et exubérant, se passionnant pour le spiritisme et la communication avec l'Au-Delà. A la recherche d'indices pouvant le mener à son père disparu, évanoui, volatilisé, le jour de sa naissance, Ludwig va se laisser entraîner sur la piste étrange de son géniteur.
Il va s'ensuivre une aventure abracadabrante, ubuesque, étrange et cauchemardesque, faite de secrets de familles, de forêts profondes et sombres, de carnaval de freaks, de monstres tentaculaires, de nécromancie et de nécrochimie, de joutes et même de pirates !

Le Carnaval aux Corbeaux est un récit habile et envoûtant, un joyau de noirceur piochant allègrement dans l'imagerie et le récit gothique, dans Les contes de Grimm et ceux que l'on trouve dans la région Germanique de la forêt noire bien entendu. Le récit emprunte aussi à la fin du romantisme américain qualifiée de Romantisme Noir d'Edgar Alan Poe, aux monstruosités de H.P.Lovecraft et même à une figure de la littérature européenne populaire de la première moitié du XXème siècle, un génie du mal au même rang que Fu Manchu ou Fantomas, j'ai nommé le docteur Mabuse.

Ce roman est une sorte de conte sous acide nécrotique. Un récit décapant mêlant modernité technologique et austérité gothique, se déroulant dans une Europe centrale fictionnelle, attardée et boueuse.
Une oeuvre quasi-initiatique sombre et déjantée, une sorte de Chant de Maldoror, mêlant humour et frayeur, ne se prenant pas au sérieux, une plongée dans l'imaginaire exubérant, facétieux et ténébreux de l'auteur.
Une histoire que ne renierait pas un certain Tim Burton tant on sent parfois l'influence du cinéaste au long du récit et des descriptions, ou dans les somptueuses illustrations de Loïc Canavaggia, émaillant le livre. On pourrait presque entendre Danny Elfman (Beetlejuice, Sleepy Hollow…) jouer dans le lointain une sonate ou un requiem endiablé, ou bien l'une des mélodies mélancoliques et désabusées de Javier Navarrete (Le Labyrinthe de Pan, Byzantium…) tant cela collerait parfaitement au paysage du roman.

Après Punk's Not Dead, Anthelme Hauchecorne persiste et signe, nous livrant un ouvrage que l'on ne peut acueillir qu'en grande pompe (funèbre !). Le lecteur laisse son imagination vagabonder dans un écrin sombre et décadent, un cabinet de curiosités dont l'auteur a le secret.

Lord Kavern

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