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mercredi 14 octobre 2015

Mad Max, histoire d'un aller et d'un retour


2015 a vu la sortie d'un des films les plus attendus, j'ai cité "Mad Max Fury Road". 30 ans après le dernier opus "Mad Max Beyond Thunderdome", George Miller a ressorti les vieilles carlingues customisées, les moteurs surdimensionnés et les injecteurs de nitroglycérine pour relancer le genre qu'il a participé à établir : le post-apocalyptique.

En l'occasion de la sortie du DVD ce jour, L'Etrange Librarium et Lord Kavern ne pouvaient manquer le rendez-vous pour vous parler de cette mythique saga qui compte désormais quatre longs métrages.

De l'effondrement ...

L'aventure commence en 1979 lorsque Miller et Byron Kennedy adaptent un script de James McCausland. Mad Max est un film post-apocalyptique empruntant à la structure narrative des westerns mais faisant écho à un genre littéraire et cinématographique dont les premières adaptations sur grand écran datent de 1924.
Le premier volet introduit le personnage de Max Rockatansky, policier de son état et campé par Mel Gibson qui, à bord de son Interceptor, tente de faire régner ordre et justice sur des routes infestées de malfrats. Mais l'univers déjà vacillant de ce personnage s'effondre quand il perd femme et enfant à cause des pirates de la route. S'en suivra une vendetta violente et meurtrière dans laquelle Max laisse le peu de raison et d'humanité qu'il lui restait.

Le second opus "Mad Max : The road Warrior", sorti en 1981, plonge le spectateur dans un monde non pas en train de s'effondrer mais bel et bien anéanti. Les routes ne sont plus que des pistes desséchées où désert et radiations ont tout conquis. Le héros, toujours à bord de son véhicule tente de survivre, évitant  pillards, cannibales et barbares motorisés qui écument ce territoire désolé à la recherche de la moindre ressource (eau, nourriture, pétrole). Dans cet épisode, Max va apporter son aide en échange de carburant à une communauté de survivants reclus dans un camp fortifié autour d'un gisement pétrolier.

Dans le troisième film sorti en 1985, Mel Gibson incarne toujours Max, qui découvre un semblant de civilisation : une cité de survivants, Bartertown. Là, la maîtresse des lieux, Entity (interprétée par Tina Turner), propose à notre héros un marché et de la débarrasser de son rival Maître Bombe.

... à la renaissance... 

Dans Fury Road, les fans attendaient non sans appréhension le retour de George Miller aux commandes. Trente ans plus tard allait-il tenir ses promesses ?
Nous retrouvons Max, campé par Tom Hardy, toujours au volant de son bolide (une Ford Falcon XB351) et plus seul et plus fou que jamais. Mais comme l'annonce le film "Seuls les fous survivent" !


Max se fait capturer et devient une simple poche de sang pour des fanatiques dévoués à leur Maître de guerre : Imortan Joe (Hugh Keays-Byrne qui incarnait déjà le méchant en 1979). Très vite le film met en avant un tout nouveau personnage : l'Imperator Furiosa, jouée avec brio par Charlize Theron. Aux ordres de ce seigneur tyrannique elle doit convoyer un camion citerne fortifié et sur-armé jusqu'à la ville la plus proche. Mais celle-ci choisit contre toute attente de trahir son maître et de fuir, emportant avec elle les épouses de ce tyran.
Dans ce dernier chapitre Miller donne la part belle aux femmes éprises de liberté et nous conduit sur les routes désertiques de Namibie pour un road movie effréné dont le scénario se résume à un aller et un retour.
Pour autant, maîtrisant parfaitement son univers, Miller surprend son public et replace les codes du films d'action à un niveau jamais atteint. 
Les voitures sont sur-gonflées, les épieux dressés, les soupapes crachent le feu de l'enfer accompagnés par une musique entêtante lorsque Imortan Joe et ses chiens de guerre se jettent à la poursuite des fugitives.
Max passe au second plan sans perdre en intensité pour laisser le devant de la scène à Furiosa avant de s'allier à elle lors d'une course poursuite mémorable.


Le spectateur en sort médusé, pensant avoir tout dans les vingt premières minutes du film. Pourtant l'action ne cesse jamais réellement et monte crescendo jusqu'à la scène finale.
George Miller réussit ce tour de force : raconter une histoire simple tout en redistribuant les codes du genre post-apocalyptique et du road movie. 

... un parcours du combattant.

Le projet de faire un quatrième opus à la saga Mad Max avait été envisagé très tôt. Pourtant George Miller peine à convaincre du fait des échecs de certains de ses autres films.
En 2003 le tournage tombe à l'eau : des pluies ayant fait verdoyer le désert Australien. L'équipe se tourne alors vers le désert de Namibie, mais la production cesse à cause des troubles générés par la guerre en Irak.
En 2006 Miller confirme son intention de réaliser le film sans Mel Gibson. Le début du tournage ne verra finalement le jour qu'en 2012.
Cependant la patience du public est récompensée et Miller livre bien plus qu'un road movie : une véritable fable humaniste et féministe dédiée à la liberté incarnée par Furiosa et les épouses en cavale. Le tout est ponctué de messages d'actualité : le questionnement sur la gestion, le partage et la raréfaction des ressources, le fanatisme à outrance promettant à ses adeptes le Valhalla dans une religion mêlant culte de l'automobile, vénération du leader et des icônes consuméristes.


Miller poursuit sa critique du mode de vie capitaliste et prophétise l'apocalypse dans laquelle pourrait nous mener notre fuite en avant dominée par la sur-consommation, les clivages et les guerres.
Nous attendons avec impatience la suite que nous réserve ce réalisateur talentueux, qui du haut de ses 72 ans n'a rien perdu de sa superbe et qui conserve dignement sa place de maître du genre. 

Lord Kavern

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