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vendredi 19 août 2016

Interview de Robert Yessouroun


L'Étrange Librarium : Bonjour, pouvez-vous vous présenter et parler de votre parcours, présenter vos romans "La joueuse de chimère" et "Un village proche des étoiles" à nos lecteurs ?

Robert Yessouroun : Sous le signe de la science, né dans la cité de l’Atomium, j’habite la ville du CERN. J’aime à croire que biologie, chimie, géologie, astronomie, physique ne cessent de révéler les beautés secrètes de la Nature (les horreurs aussi, je sais). Le monde artificiel, que la technique tente d’incruster dans le monde naturel, sont, à mes yeux, plus une source d’espérance que d’inquiétude : mon problème est que je suis un optimiste invétéré…
Géologue non pratiquant, naguère professeur de lettres de mathématiques et formateur d’enseignants, aujourd’hui, je me consacre entièrement à l’écriture qui m’attire depuis mon enfance. Il est vrai que mon père, voltairien, écrivait (des pamphlets contre l’Église)…
Moins marqué par Mai 68 et son imagination au pouvoir que par les premiers pas sur la Lune, je suis un adepte de la science-fiction. Mais pas seulement. Avec le temps, je reste un admirateur inconditionnel de Jacques Tati pour son regard aiguisé, tendre et humoristique sur l'être humain dépassé par la modernisation massive qui uniformise la Cité.
La psychologie (un peu aussi la philo) a, bien des années, monopolisé mes lectures. J’ai eu la chance de donner longtemps des cours à l’université sur "la psychologie de la composition écrite". Par ailleurs, je suis fasciné par la "conscience-fiction". J’aime décrire des états de conscience improbables, comme, par exemple, un personnage qui subirait soudain l’accélération de ses pensées (dans La Joueuse de chimères), ou un autre qui ne pourrait plus ressentir aucune émotion négative (la peur, la colère, etc., dans Un Village proche des étoiles).
Enfin, depuis plusieurs années, je m’intéresse aux robots, particulièrement aux automates du futur, qui, selon moi, face aux décisions complexes qu’ils auront à prendre, seront nécessairement qualifiés pour éprouver des émotions. 

Comment présenter La Joueuse de chimères ?

Ce roman est un peu une illustration de la citation d’Oscar Wilde : "Il y a deux tragédies dans la vie : l'une est de ne pas satisfaire son désir et l'autre de le satisfaire." 

Imaginez une jeune et jolie extraterrestre rebelle, en fugue sur la planète Terre. Par provoc, elle met ses pouvoirs au service de ses rencontres fortuites. Comment ? En exauçant le "grand rêve" des autochtones sur son chemin. Le seul hic, ce sont les effets collatéraux de tels actes. En effet, par son passage, elle propage une déferlante de pagailles et de gabegies (en avion, en bateau, à l’hôpital, sur un champ de manœuvres militaires russes…).

Quelques mots sur Un village proche des étoiles :

Dans un village jurassien, toute une famille a disparu. Un prêtre vient de se suicider. Un journal catholique envoie enquêter sur place un journaliste chevronné. Même que c’est sa dernière enquête avant la retraite. Mais ses investigations s’annoncent bien laborieuses. D’abord, il n’est pas le seul à fouiner dans les alentours. Un robot sophistiqué d’origine israélienne espionne le hangar mystérieux du petit aéroport local. Ensuite, ce village montagnard garde jalousement ses secrets, d’autant plus qu’il semble avoir noué une sorte de jumelage avec d’autres cieux.

J’ai également publié, entre autres : Le Clou du spectacle et sa suite, Le Paradis du diable ?, Rêver sur son volcan…

E.L : Tout d'abord, qu'est-ce qui vous a amené à écrire ?

R.Y : Mon père écrivait, d’une belle plume. Pourtant, il avait de la peine, avec sa sclérose en plaques. Il était obnubilé par les pouvoirs que s’octroyait l’Église catholique. J’ai commencé à moins de 10 ans, imaginant déjà des récits de science-fiction. Le genre était alors à la mode (surtout chez les jeunes), car les innovations techniques et scientifiques n’avaient jamais été aussi prometteuses : le voyage dans l’espace, en particulier. Je suis revenu à ce genre bien plus tard, lassé de la genèse du texte non-fictionnel, argumentatif, objet de mon doctorat. Finalement, depuis toujours, le processus d’écriture me fascine.

E.L : Quelles ont été vos sources d'inspiration pour écrire (en littérature, au cinéma) ? Qui sont vos maîtres et coups de cœur en littérature et dans le septième art ?

R.Y : En littérature, si je ne devais retenir qu’un modèle, ce serait Flaubert. Mais j’admire de nombreux écrivains plus récents : Michaux, Borges, Paul Morand, Jean Tardieu, Jean-Philippe Toussaint, Douna Loup, Alain de Botton. J’ai été aussi très influencé par Asimov, Barjavel, Werber, Fredric Brown, Boulgakov, Paasilinna, etc.
Au cinéma, je privilégie dans ma collection : Le Village des damnés, L’invasion des profanateurs de sépultures, 2001, l’Odyssée de l’espace, Alien, Rencontre du troisième type, Blade Runner, Brazil, Abyss, Ex-Machina. 

Quel est mon genre ? "Soft sf" ? "Fun sf" ? Peut-être. Mais mon genre de roman se caractérise surtout par : 
- de la poésie cocasse (puisée dans l'observation du quotidien, à la manière de Jacques Tati), 
- de la conscience-fiction (avec des esprits, des émotivités, des croyances au-delà des nôtres), 
- un zeste de philo du futur (tournée vers l’anticipation ; que se passerait-il si… ? par exemple, si les robots avaient des émotions?).
Il y a du Tati dans Le Clou du spectacle. De la conscience-fiction dans La Joueuse de chimères et dans Un Village proche des étoiles. Une philo du futur dans Rêver sur son volcan..., Le Paradis du Diable ? et dans les deux ouvrages à paraître: "Robots : gabegie à gogo" et "Le Robot qui ne servait à rien". 

E.L : Comment s'est organisé le travail d'écriture ? Avant et après la publication ? Pendant l'écriture, le moment de la journée où vous écrivez le mieux ? Un rituel autour de l'écriture ?

R.Y : Je dispose de trois supports : un carnet de notes en vrac, qui peut aussi me servir de brouillon pour une séquence ; une version manuscrite sur feuille volante et une version imprimée, essentiellement destinée à être réécrite (corrections à la main). Le travail sur le style rivalise avec les planifications et la quête des enjeux locaux et globaux.
Écrire, pour moi, c’est réécrire, avec autant de relectures et de rectifications que nécessaire.
Pour moi, le meilleur moment pour être inspiré, c’est le matin, souvent en musique (du jazz), souvent encore au lit (il n’est pas rare que j’écrive couché).
Une fois le texte publié, c’est la phase pénible. Mes éditeurs sont des petites maisons, sans distributeurs. J’ameute donc mon entourage, mais j’ai horreur de me vendre ; j’essaie de participer à des festivals, à des marchés du livre et je poste sur Facebook, mais, par pudeur, j’évite l’insistance devant laquelle certains écrivains ne reculent pas... 

E.L : Autre chose à nous faire partager ? Vous avez carte blanche ! (lien vers votre site, page facebook, remerciements, accueil de votre ouvrage par les lecteurs, futurs projets...)

R.Y : Deux ouvrages sont en attente d’édition : un recueil de nouvelles "Robots : gabegie à gogo" et un roman "Le robot qui ne servait à rien". 
Un troisième, un roman SF, est en cours d’écriture, traitant d’une civilisation alien sur une planète menacée par une supernova.
J’ai un blog qui collecte des découvertes et des inventions et qui réfléchit sur l’avenir de notre monde. Ma page Facebook est assez portée sur l’humour.

Propos recueillis par Dame Pétronille

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