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samedi 24 septembre 2016

De l'homme invisible à l'étrange créature du lac noir...

Costumes et effets spéciaux du cinéma Noir & Blanc

Chers lecteurs, chères lectrices, chers chiens d'aveugle, quel plaisir de redécouvrir les balbutiements du cinéma de monstres sur grand écran ! A plusieurs reprises durant le FEFFS, j'ai eu l'étrange joie de me retrouver assis dans d'obscures sales au milieu de nombreux personnages atypiques intitulés cinéphiles. Ces curieux représentants du genre humain semblent au premier abord partager les mêmes traits physiques que vous et moi ; deux bras, deux jambes, mais c'est dans leurs yeux qu'on trouve une différence notoire. Ils ont en effet un regard avide, les pupilles dilatées comme celles des chats, brillantes dans le noir de la salle, rivées sur l'écran où ils étanchent leur soif de cinéma avec une passion sans pareille ! Il serait impossible de vous décrire les nombreuses émotions qui transpirent alors au cœur de ces lieux où ils se réunissent en masse pour assouvir leur besoin de sensation... La plupart de celles et ceux qui se trouvaient autour de moi ont connus ces films de la même manière que moi, longtemps après leur sortie, car venus au monde trop tardivement pour les voir au cinéma. Je vous parle ici d'une époque où la couleur ne s'imprimait encore pas sur pellicule, et n'étaient alors que nuances de gris. Où la technique et le talent demandaient une force d'imagination et de créativité qu'on soupçonne à peine... Pourtant, déjà au début du millénaire dernier, la volonté de faire frissonner était présente, ce besoin viscéral de l'homme d'être confronté à ses peurs le dévorait, et si la littérature y parvenait très bien, le cinéma, lui, cherchait encore ses lettres de noblesse.
C'est alors qu'Universal mit en avant nombres de talentueux cinéastes avides de transfigurer les monstres romanesques à l'écran, pour le plus grand plaisir du public d'avant-hier, d'aujourd'hui et d'après-demain.

Je vous invite donc dans un voyage incroyable saturé de sépia dans le passé du cinéma au travers de deux films qui à l'heure actuelle restent des merveilles indiscutables.


The Invisible Man, de James Whale

Un scientifique crée un sérum qui le rend invisible mais le transforme également en psychopathe perpétrant des actes d'horreur.
Une simple phrase phrase pour présenter ce qui allait très vite devenir un classique incontournable du cinéma fantastique. Adapté d'un roman du renommé HG Wells, écrivain emblématique et pilier de la science-fiction, le film de James Whale nous promet alors insidieusement de se confronter à un défi de taille pour l'époque : représenter l'invisible à l'écran. Si le postulat, ainsi énoncé, pourrait sembler simple, il relève pourtant d'une subtilité incroyable. En effet, il ne s'agit pas de filmer du vide, les molécule constituant l'air n'étant pas farouches en ce qui concerne leur capture par la caméra. Non, la volonté du réalisateur ici est bel et bien de porter à l'image un être invisible qui interagit directement avec son environnement et le reste des personnages. Oh, petit détail qui m'avait échappé mais qui a son importance : nous sommes en 1933, m'sieurs dames. Œuvre majeure du gadget et de l'astuce, on ne peut que saluer le génie de l'équipe de tournage qui a su nous donner avec (littéralement) quelques bouts de ficelle l'illusion que son anti-héros est réellement invisible.
Du grand art, indiscutablement ! Et prouesse d'autant plus respectable que les effets utilisés alors n'ont pas pris une seule ride plus de quatre-vingt ans plus tard.
Nous suivons donc les mésaventures du docteur Jack Griffin, dont les travaux l'ont totalement dépassé. Dissimulé sous un imperméable et le visage intégralement bandé, on comprend d'emblée que quelque chose de louche se cache derrière ce personnage. Et c'est tout d'abord par petits fragments que l'on nous dévoilera sa nature, jusqu'à cette scène exceptionnelle où Griffin se défait de tous ses vêtements pour totalement disparaître de l'écran. Surviennent alors mouvements de poulies, trucages visuels, jeux de ficelles et autres astuces pour faire voltiger les éléments du décor ! Incroyable, il est là, sans que nos yeux ne puissent le saisir. Le rendu est formidable.


Si les techniques utilisées semblent désuètes à l'heure de l'imagerie numérique, on ne peut toutefois que se prendre au jeu grâce à la maîtrise et au soin appliqué à ces effets spéciaux, dignes héritiers de l'exceptionnel Georges Méliès. On oscille ainsi donc entre divers artifices habillement dissimulés pour contempler une cigarette flottante entre un chapeau et un foulard (ma scène coup de cœur) et on se rend compte qu'il y a autre chose... Là, sous notre regard circonspect, il se trame un tour de magie, et on a raison de le soupçonner car on assiste en réalité à un véritable tour de force dû au montage du film. Cette chemise qui flotte dans les airs et rend fous ces policiers perplexes est le fruit d'une surimpression de plusieurs négatifs ! Certaines de ces scènes ont donc dues êtres tournées plusieurs fois et superposées afin d'obtenir l'effet désiré. On joue avec l'assombrissement de certains celluloïds pour effacer la silhouette de Griffin, accentuer ses vêtements, ont l'implante parfois sur des plans dont il est originellement absent en utilisant toutes les capacités de la pellicule. Du travail de titan...
On suit donc notre incroyable monstre au fil de sa folie meurtrière, convaincu que rien ne peut l'arrêter dans son règne de terreur, au travers d'un récit ponctué d'humour tantôt subtil tantôt grotesque qui chaque fois fait mouche et qui contraste grandement de l'adaptation qui en sera faite dans le non-moins excellent Hollow Man de Paul Verhoeven qui, lui, en dépeindra une vision plus sombre.


L'étrange Créature du Lac Noir, de Jack Harnold

Nous voici maintenant vingt-et-un ans plus tard, en 1954, devant un tout autre genre de monstre ; celui du Lac Noir, en compagnie d'un réalisateur dont le nom résonne encore comme l'un de ceux qui ont donné au genre ses lettres de noblesse. Si on me demandait, au hasard d'un coin de rue, quel est pour moi le costume de monstre le plus réussi du cinéma en noir et blanc, je répondrais sans aucune hésitation « celui de l'étrange créature du lac noir ». Bon sang, qu'il est saisissant de réalisme ! En 1979, sortait Alien, le Huitième Passager dont le principal personnage -le xénomorphe- allait marquer les esprits par la perfection de son costume. Pourtant, Giger lui-même avouera éprouver des réticences quant à la réussite de sa création. Et bien selon moi, ces deux costumes se font écho, représentations absolues de leurs époques respectives. Seul le temps les distingue...Une créature violente, mi-homme, mi-poisson, suit l'embarcation d'une équipe de recherche britannique en Amazonie. Elle tombe amoureuse de la sublime Kay lorsque le bateau arrive au lac Noir, un paradis sans retour.
Voici ce que nous promet le synopsis. Rien qui ne semble casser trois pattes à un pélican, en somme, et pourtant le film nous entraine dans une fable aux dimensions écologiques encore d'actualité de nos jours. A plusieurs reprises, les actes et les propos des personnages nous invitent à nous questionner sur la position de l'Homme sur Terre, à son implication dans l'évolution de sa biosphère et à son rapport à la faune et la flore du monde qui l'entoure. Avide de découvrir et comprendre, il reste soumis à son sentiment d'être l'espèce dominante de la planète, et refuse que cette place lui soit discutée. Et c'est très exactement ce que dépeint l'histoire de ce film avec une justesse qui tient au final plus du sous-texte que de l'exposition pure et simple. A aucun moment on ne traite directement de ce message avec le spectateur, tout y est distillé avec soin et absence de jugement, c'est l'affaire de chacun de se placer face à sa part de responsabilité sans pour autant qu'on ne retrouve la moindre trace de culpabilisation... Certains des personnages prônent en effet une attitude pacifique envers la créature, tandis que d'autres convoitent la tête du monstre comme trophée.
Outre cette dimension écologique, on se doit de relever la qualité du costume. Là où H.R. Giger était heureux de voir son monstre dissimulé dans l'ombre par Ridley Scott dans Alien, on a ici droit à des plans rapprochés de la créature du lac Noir tournés sous tous les angles. Au fond, pourquoi aurait-on voulu cacher une telle merveille de costume ? Le détail et le soin qui y sont apportés n'ont véritablement pas de quoi rougir, et l'effet est toujours aussi saisissant aujourd'hui. De plus, le film est composé de nombreux plans sous-marins d'une qualité exceptionnelle et particulièrement nets ; prouesse technique si l'en est, qui nous immergent dans l'univers aqueux de l'œuvre.
Deux films d'exception, qu'il est fort agréable de retrouver sur grand écran. Deux monuments de l'innovation en matière d'effets spéciaux et de déguisement. Deux classiques qui méritent leur titre et le préserveront à jamais.
Sur ces bons mots, je vous laisse, le festival bat encore son plein et il reste foule de films à découvrir ou redécouvrir !

Veuillez agréer des bisous,
Vôtre par intérim,
Bishop9K

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