mercredi 14 septembre 2016

Interview de Christopher Priest


A l'approche des Utopiales nous vous livrons une interview de Christopher Priest, auteur du roman Le Prestige (adapté en film par Christopher Nolan). Athina et Lord Kavern on eu le plaisir de le rencontrer en 2015. Un retour sur un échange fort sympathique.

L'Etrange Librarium : Quel fut votre parcours avant d’arriver à l’écriture ?

Christopher Priest : Horrible ! Ennuyeux ! Des jobs atroces. J’ai travaillé dans des bureaux, comme employé. 

E.L :Comment en êtes-vous arrivé à écrire ? Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

C.P : Pour Shaw, "être un auteur c’est comme boire de l’eau". J’ai commencé à écrire à l’âge de 5 ans. Ma source d’inspiration, c’est "Song of the sky" de Guy Murchie. C’est un ouvrage magique, magnifique. Une très belle langue, c’est le plus important. Bref, c’est un chef d’œuvre.

E.L : Comment écrivez-vous ? Avez-vous des rituels liés à l’écriture ?

C.P : Je me sens coupable… Je ne fais rien de particulier. C’est une manière terrible de travailler. Je suis paresseux. Je ne suis vraiment pas un bon exemple ! Ne le dites pas aux gens, hein ! 
Je n’ai pas vraiment d’inspiration. L’écriture, c’est de la transpiration, pas de l’inspiration.

E.L : A propos de l’adaptation du « Prestige » faite par Christopher Nolan, vous avez évoqué le fait que Nolan avait offert un visuel à l’écrit. Vous pouvez nous en dire plus ?

C.P : J’ai beaucoup de chance. Je suis un auteur très visuel. Je parviens à voir les personnages en face de moi. J’ai écrit le livre douze ans avant le film. 

E.L : Dans "Le Prestige ", vous parlez d’illusion, mauvaise direction. Pouvez-vous développer ? 

C.P : Tesla est un personnage fascinant. Trouver des informations le concernant n’a pas été facile. J’ai notamment trouvé son journal (en serbo-croate). C’était un inventeur absolument fascinant. 

E.L : "Le Prestige" était-il un moyen de parler d’une possible uchronie ? 

C.P : Dans "Le Prestige", j’introduis l’idée d’un futur uchronique. Tesla était extraordinaire. Il pourrait vous dire qu’il y aura un orage dans tant de minutes. Il était brillant, il avait une vision, mais ça ne fonctionnait pas toujours. 

E.L : Que pensez-vous de l’opposition Edison/Tesla ?

C.P : Il y avait une jalousie certaine. Edison a participé à l’essor des gratte-ciels à New-York. Tesla a développé le générateur à courant alternatif, qui donna la chaise électrique.
Dans mon histoire, Tesla est prépondérant. 

E.L : Que pouvez-vous nous dire à propos de votre ouvrage "Le Glamour" ?

C.P : L’idée est qu’il existe des gens dont on n’a jamais soupçonné l’existence. Même en regardant attentivement, on ne peut les voir. C’est l’histoire d’une femme qui est à mi-chemin entre les deux mondes, visible et invisible. Son petit ami est invisible. Apparait alors un personnage visible. 
En ce qui concerne l’adaptation cinématographique, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Tout est parti de travers. L’adaptation ciné, c’est une longue route. Le script, c’est toujours ce qui pose problème. Dans la nouvelle, la fin est métaphysique. Vous ne pouvez pas filmer cela. C’est le problème.

E.L : Quelle nouvelle souhaiteriez-vous voir adaptée au cinéma ?

"La séparation". C’est une nouvelle qui parle des bombardements pendant la seconde guerre mondiale. C’est une fiction spéculative. Je pense que ça ferait un super film, avec beaucoup d’effets spéciaux. 

E.L : Avez-vous des projets ?

C.P : Je suis un romancier, quand j’écris, je ne pense pas au reste, à l’avenir. Je laisse les choses suivre leur cours.

E.L : Quelles sont vos impressions sur le Festival des Utopiales ?

C.P : J’adore, c’est parfait. Il y a beaucoup de choses prévues pour les auteurs, comme l’hôtel juste à côté. Ici les auteurs n’ont pas à payer pour venir ! 
Je suis déjà venu aux Utopiales plusieurs fois. J’ai fait la première édition, à Poitiers, en 1992. C’était pas terrible Poitiers. A part ça, il n’y avait que le Futuroscope… Je suis venu aussi l’année dernière. 
La première fois que je suis venu en France, c’était à Salon-de-Provence. Il y avait un repas avec des écrivains. Puis nous sommes allés faire un discours à l’hôtel de Ville, mais exactement devant les mêmes personnes !
J’aime beaucoup la France. J’aime Paris, quand je n’y suis pas !

Propos recueillis aux Utopiales 2015 et traduis par Athina et Lord Kavern

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