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jeudi 10 novembre 2016

Premier Contact, de Denis Villeneuve

Avant-première du film "Premier contact" (Arrival) de Denis Villeneuve
Séance spéciale Utopiales 2016
31.10.2016
Sortie en France : 07.12.2016


31 octobre 2016, 16H30, cité des Congrès de Nantes. Une foule impressionnante se masse déjà aux portes de la salle de projection. A 18H, la salle est pleine, les portes sont refermées, il règne un silence quasi religieux. L’ambiance est très particulière, à la fois fébrile, enthousiaste et très cérémoniale. Une troupe impressionnante de "men (and women) in black" assure la sécurité. On les sent particulièrement nerveux, car il s’agit d’éviter toute "fuite" avant la sortie officielle du film. Chacun de nos gestes est épié et un membre de l’équipe surgit à la moindre "suspicion". C’est un peu stressant, mais cela ajoute également un peu de piment au suspense ambiant !


Le film est l’adaptation d’un roman de Ted Chiang intitulé "L’histoire de ta vie".
L’histoire de "Premier contact" n’est pas vraiment originale puisqu’il est question de l’arrivée de vaisseaux extraterrestres sur Terre. Toutefois, le traitement du thème de la rencontre et de l’entrée en communication est abordé de manière inhabituelle, intéressante. En effet, dans le film de Denis Villeneuve, le gouvernement décide de faire appel aux compétences d’une experte en linguistique. On évite donc intelligemment les clichés du genre cinématographique, en les dénonçant d’ailleurs au passage par de petites touches humoristiques. Cette perspective originale, conjuguée à une très belle réalisation et à un jeu d’acteurs pertinent, donnent un excellent long métrage. Pas d’interminables scènes de batailles, pas d’excès de testostérone. Pas de verbiage pseudo-scientifique proféré par de jeunes geeks docteurs en astrophysique à 12 ans ou des bombes au décolleté vertigineux. 
Amy Adams, Forest Whitaker, Jeremy Renner sont excellents, comme à leur habitude. Amy Adams est touchante et juste. Son jeu est exempt de minauderies inutiles, renforçant ainsi la crédibilité du propos. 

Les dialogues même sont plutôt soignés, évitant les écueils de la facilité et du "déjà-vu-entendu". Le rythme est savamment travaillé, et le spectateur est captivé.
"Premier contact" est une œuvre audacieuse car elle ne cherche pas nécessairement à répondre aux attentes d’un public généralement habitué à davantage de scènes d’action et de romance entre les personnages. Il s’agit d’un véritable film de science-fiction, au sens où science et fiction sont présentes et soignées, non utilisées comme de simples prétextes. Il s’inscrit ainsi dans la lignée des grands classiques tels que "Rencontre du troisième type" ou "Contact" et rappelle, par son esthétisme, l’excellent "Sphere". Techniquement, c’est une réussite, sans doute parce qu’extrêmement réaliste. Notre rencontre avec des extraterrestres pourrait tout à fait se dérouler de la sorte. 
Le langage alien imaginé est lui-même de toute beauté, plein de poésie. Des aliens bienveillants, sans arrière-pensée, une fois n’est pas coutume ! 
La force de "Premier contact" tient également à sa profondeur. C’est une fable philosophique sur le thème de l’attachement et de la perte, sur l’importance de la communication. Certes, le thème du traumatisme psychologique est récurrent dans le genre mais il est abordé cette fois avec finesse et sobriété.
"Premier contact" pourrait être infiniment triste, mais il ne l’est pas. Il est au contraire lumineux et plein d’espoir. 
Captivant, intelligent, ce film conviendra à ceux qui sont lassés des stéréotypes comme aux amateurs des classiques de l’invasion alien. Une réussite totale, globalement encensée par la presse elle-même, qui promet de rester au panthéon des grandes œuvres de SF.

Athina


1 commentaire:

  1. La rencontre et l'effet de surprise de ce premier contact passés, Villeneuve choisi de nous faire entrer sans artifice excessif dans le vif du sujet de ce film. Lentement et sûrement, à coups de flashs-forwards et backwards, il tisse une toile qui retient captif le spectateur. Captif d'une mélancolie qui est omniprésente et qui parvient à rendre d'emblée douloureuse une disparition à venir qu'on ne devine que très progressivement. Seule une (science-)fiction de cette qualité peut nous connecter si rapidement et si pleinement au spleen ineffable qui saisit celui qui se demande ce qui restera de l'humain quand son histoire aura disparue. Et seule une (science-) fiction de cette qualité peut se payer le luxe d'esquisser une tentative de réponse à cette question métaphysique, en proposant une réflexion sur la nature du temps.

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